lundi 16 août 2010
L'autre pays 1
il y a une rangée de statues de sel, au-dessus d'un pont, s'effritant grain à grain, le plus lentement du monde, comme si une nouvelle sorte de vent avait été inventée exprès pour souffler en cet endroit précis de la terre. sous le pont, une meute de dogues argentins, la bave aux lèvres, attend un repas qui ne vient pas et chaque grain de sel tombé brûle leurs babines; mais l'acide ne leur fera jamais fermer la gueule. car tel est leur rôle - l'ouvrir, qu'il tonne ou qu'il crache des sauterelles, l'ouvrir par tous les temps; la faim ne leur laisse pas de répit; leur maître est absent; ce maître qui, jadis, fut beau, grand et fort; ce maître de vie... il leur suffirait pourtant d'un seul signe de la main, d'un seul ordre du regard, de sa part, pour qu'ils puissent enfin s'arracher à leurs propres cris, et laisser tomber là des flocons de sel, un à un - jusqu'à ce qu'en lieu et place de toute statue, au-dessus du pont, ne demeure que le vide d'un rêve de neige.
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2 commentaires:
c'est très beau !
Merci beaucoup à vous !
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