Il avait réarrangé ses papiers une dernière fois avant d'aller s'endormir. Tout était là, ce soir, posé soigneusement sur le petit bureau en toc: son permis de conduire, sa carte d'identité, sa carte d'électeur, son passeport, ses centimes, son shit, une photo d'identité. Il avait voulu prendre un air de dur, de voyou, d'homme (d'homme !) froid dans la cabine du photomaton. Il voulait ressembler à un voyageur ayant dû depuis longtemps quitter ses proches, sa maison. Finalement, il n'avait jamais pu aimer cette photo, car elle lui ressemblait beaucoup trop, à afficher ainsi un masque d'ange et de renard. La fumette éteignait ses paupières, tout serait simple maintenant, et ce jusqu'à demain, quand un cri de bus le réveillerait à midi. Il ne rêverait pas, je veux dire qu'il ne se souviendrai de rien, bien entendu ; ni du cri de protestation poussé à sept heures du matin, ni des belles et grandes cités lunaires endormies, parcourues d'ombres.
Il avait préparé tous ses papiers sur le bureau, soigneusement, avant que d'aller s'échouer comme une baleine ivre dans un minuscule océan de draps et d'oreillers. Au cas où. Un être infiniment bon vienne les lui retirer parce qu'il n'en aurait plus besoin - jamais !
Enfin réveillé, il ne rêverait plus - car il vivrait libre et plein de santé sur terre.
samedi 7 août 2010
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