vendredi 29 octobre 2010

déclin du mensonge

Tu m"as vu tel que je suis
Cette après-midi
Je ne peux pas changer
Personne ne me possède


Tu as percé mon secret
Tu as soulevé mon masque
Et il y avait un autre masque
Bien plus terrible


un masque noir comme la suie
un masque noir comme l'ennui
je te faisais rire de mes blagues sottes
tu t'en souviens


moi j’en ris encore
car mon masque noir est fendu
à jamais d’un grand sourire
dont le rictus affole les nonnes


carnaval ! aujourd’hui, mon ami
carnaval ! carnaval ! carnaval !
je te ferai croiser
tous nos masques de fantaisie

l'un est un masque de bouc
et l'autre celui d'un fantôme
les chiens hurlent à la lune
et les chats ourdissent de sombres complots


sur les toits noyés de la ville
un joueur de flûte se promène
à sa suite, un infini cortège
de rats entre en transe


tu connaîtras la sensation
de jouer sur l'épine dorsale du bon dieu
grisé, je te renverserai la tête
par-dessus un balcon dépoli par les ans


quand deux masques s'embrassent
un troisième apparaît
à toutes choses embrassées
la vie se mêle


je te montrerai des filles
couvertes de tuniques et de bijoux
qui se déshabillent lentement
savamment, avec art


un masque garde toujours l'oeil ouvert
mais ce qu'il voit, il le tait
je te montrerai un kaléidoscope de merveilles
dont nous ne soufflerons pas un mot


je suis plus proche de lui
je suis plus loin de lui que toi
ma place n'est pas fixée en ce monde
comme on plante les drapeaux


les grandes choses qui nous attendent !
les doux espoirs tacites !
tout ça brille devant toi
comme des joyaux sur le sable


suis-moi au début du rouleau, perpétuellement
si tu veux devenir une majuscule sans points
un espace vierge à déniaiser
un oiseau de paradis parmi les oiseaux de paradis


ce n'est pas un refuge que je t'offre
ce que je t'offre est le contraire du refuge
par les vers de mon poème
dispersons les dernières cendres du refuge


toi non plus tu ne voudras pas
que le poème s'arrête
mais il s'arrêtera une nuit
sans prévenir, comme ils font tous


repose ta tête de masque sur mon épaule
celle qui sent la fleur de pavot
et oublie
dans la fureur du carnaval


alors chacun existera à nouveau
à côté de nous deux
ne relève surtout pas la tête
n'ouvre pas tes mains


les autres peuvent nous faire mal
et j'en tiens pour preuve
mon masque de renard
toi qui portes un masque de loup


ne plante pas trop fort
tes crocs dans ma gorge
s’il te plaît, je n’aime goûter mon sang
que comme on boit l’amour d’une mère


ma rime et ma raison
se sont confondues
comme la vague et son écume
à ton seul contact


mon masque se fendille
où suis-je ? il n'y a plus
d'ombres sur les murs
il éclate comme un prince le soleil de printemps


mensonge, bêtise et merderies
je n'ai même plus de songes
pour m'accrocher à l'arbre
auquel on veut me pendre


pendez-le ! mais pendez-le !
masque de loup semble particulièrement excité
la bave au sourire fixe
il crie avec les autres

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